5 - La 829 et la 832

Dès la fin des années trente l'essor de l'aviation (nous avons failli écrire l'envol...) incite au développement de toute une série d'équipements adaptés aux liaisons entre avions en vol ou au trafic air-sol, dans le domaine militaire notamment.

Pour des raisons d'efficacité des aériens, forcément limités en taille, sur des trajets pratiquement en vue directe, on est conduit a choisir les VHF, et plus particulièrement la bande 100 à 156 MHz.

Partant des excellents résultats obtenus en émission avec les tétrodes dérivées de la 6L6, par exemple 807 et 813 sur ondes décamétriques ; bon niveau de sortie obtenu avec une tension plaque ou écran relativement faible en comparaison des triodes ou pentodes, ceci avec une puissance d'excitation réduite...


829 et 432


- 829 -                              - 832 -

Il est donc naturel de penser adapter cette famille de tubes à l'emploi défini ci-dessus, en particulier par le montage "push-pull".

Le montage push-pull, donc symétrique, ayant les capacités internes des tubes en série, ceci facilite leur utilisation à des fréquences élevées ; de même pour le neutrodynage qui s'obtient commodément par application de tensions déphasées de 180° d'un tube sur l'autre.

Les harmoniques de rang pair, et en particulier l'harmonique 2, sont éliminés, seuls restent les harmoniques de rang impair, dont le 3 est naturellement assez faible.

Tout ceci conduit à des montages stables par principe, qui délivrent des puissances intéressantes par addition de celles fournies par les deux tubes.




On relira avec profit les pages 233 à 248 consacrées à ce sujet, dans le Tome 1 de "Emetteurs de petite puissance sur Ondes Courtes", par E. CLIQUET, elles n'ont pas pris une ride... Donc, aussitôt dit, aussitôt fait... ou presque...

Après les intermèdes 829-829A on arrive à la double tétrode 829B accompagnée de sa cadette 832A.

Dans une même enveloppe on trouve deux tétrodes complètement séparées sur le plan électrique : chacune possède sa plaque, son écran, sa grille et sa cathode propre, ce dernier point n'étant pas toujours respecté dans les lexiques de lampes qui montrent, le plus souvent, une cathode commune. Le filament peut être chauffé sous 6 ou 12 volts suivant connexions des deux éléments en série ou en parallèle.

Par contre certaines sorties du support sont communes aux deux éléments (la cathode et les écrans) pour un total de 7 connexions via le culot "Septar" plus, naturellement, les deux sorties plaques au dessus du tube.

Détail qui a son importance : un condensateur de découplage interne relie les écrans à la cathode ; dans la 832A il fait 65 pF, participant activement à la stabilité du tube.

Les performances électriques sont remarquables :

La 829B délivre 50 à 70 watts sous 600 volts plaque, jusqu'à 200 MHz, en téléphonie modulation plaque, avec une excitation nettement inférieure au watt ; elle est ,de plus, capable de sortir 45 watts BF en classe AB1... elle ne peut renier ses origines... (la 6L6)...

La 832A se contente de fournir 15 à 20 watts, toujours jusqu'à 200 MHz, dans les mêmes conditions. Cette puissance plus modeste est en fait suffisante pour l'emploi, et ce tube sera très répandu dans les matériels militaires américains.

Le plus connu étant l'Emetteur-Récepteur SCR522 dont l'émetteur BC625 utilise deux 832A en multiplication de fréquence et étage final ; pour mémoire certains de ces équipements, en pré-série, utilisent une paire de tubes différents (VT501), sans doute dans l'attente de la disponibilité de la 832A.

Citons également les ARC1 - ARC3 et ARC5 avec chacun 2x832A, une dans l'ARC4.


schéma BC625

Par contre la 829B est moins répandue dans l'application "émission" où elle est quelque peu surabondante.

On la trouve toutefois dans des équipements voisins tels le Radar AN/APT5 (cité à propos du photomultiplicateur 931A) qui utilise pas moins de deux tubes 829B en parallèle, soit 4 tétrodes, pour moduler le tube UHF 3C22. Par contre elle est très utilisée dans sa version 3E29 a cathode renforcée. Capable de résister à 5000 V plaque et de délivrer des courants crête de 10 ampères, on la trouve dans nombre de modulateurs radar dont le schéma ci-après est représentatif : dans cet emploi le tube délivre des impulsions d'une microseconde qui sont appliquées à la grille d'un tube de très forte puissance (715B) ; ce dernier amplifie ces impulsions pour l'alimentation d'un magnétron, avec une puissance crête d'une centaine de kilowatts.


modulateur radar




Ces tubes auront une carrière de plus de 20 ans et résisteront longtemps à l'arrivée de leurs successeurs qui, eux, "montent" à 500 MHz. En attendant ils vont changer de référence...

Cela commence a l'initiative de PHILIPS qui rebaptise la 832A QQE04/20 (double tétrode 400 volts 20 watts suivant sa terminologie) mais semble se désintéresser de la 829B.

D'autres tubes, apparemment similaires, mais en fait très différents, arrivent dans les années cinquante. Si ces tubes ont un air de famille avec les précédents, la comparaison s'arrête là.

Dans ces versions, nous trouvons une cathode et une grille écran communes aux deux tétrodes, les grilles de commande et plaques restant évidemment propres à chaque demi-tube.

Les plaques n'ont plus la forme enveloppante des anciennes versions et se contentent de présenter une large surface, pliée en forme de "V", de part et d'autre du bloc émissif central.


QQE06/40 et QQE03/20

Cet aspect plus dépouillé donne une grande constance des paramètres électriques et, en fin de compte, permet l'utilisation de cette famille jusqu'à 500 MHz. Enfin un dernier perfectionnement, et non des moindres, la présence, dans le tube lui même, des capacités de neutrodynage simplifiant grandement l'utilisation. Un examen attentif montre, dans le haut des tubes, une paire de petits crochets métalliques chargés du couplage croisé entre plaques et grilles des deux parties ; ceci évite les tiges externes ou autres capacités réglables rencontrées sur les anciens types, et pas toujours évidentes à régler. De nouveau on trouve deux modèles de base, identiques, aux dimensions près.




Quelques variantes sont à signaler :

Le support habituel de ces tubes est une galette en stéatite sur laquelle sont serties les sept pinces assurant les contacts. Pour l'emploi aux plus hautes fréquences on utilise le support dit "découplé" dans lequel une cuvette, faisant office de blindage, reçoit ces pinces avec interposition, sur les cinq broches non soumises à la HF, d'une feuille de mica : on réalise ainsi de petits condensateurs de découplage qui diminuent beaucoup les risques d'accrochages ou autres instabilités.


Support Septar


Support Septar

Tous ces tubes étant réalisés sur la base du culot "Septar" ci-dessus, on crée un sous groupe de double tétrodes de petite puissance sur culot noval. La QQE02-5 (U.S.A 6939) donne 7 watts à 500 MHz, toujours avec neutrodynage. Une QQE03-12 (U.S.A 6360) délivre 10 à 15 watts à 200 MHz.




Terminons avec la QQE04-5, sur culot spécial, qui donne seulement 7 watts, mais à 960 MHz et se trouve de plus être un très beau tube esthétiquement parlant.

Les tétrodes VHF sur embase novale sont très utilisées dans les émetteurs "mobiles" entre 100 et 500 MHz, donnant des résultats équivalents à leur aînée 832A, plus puissante, grâce aux améliorations apportées au coté "réception" de la liaison.

Mis à part les émetteurs on les rencontre dans beaucoup d'appareils professionnels : citons 5xQQE03-12 dans le générateur FERISOL LG301 et 6xQQE03-12 dans le générateur L201A de la même marque.


QQE/02-5 QQE04-5 QQE/03-12


QQE/02-5                      QQE/04-5                      QQE/03-12

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